Smart Intégrations Magazine

Voitures autonomes caillassées et Smart Home…

Si vous cherchez un peu sur la toile avec les mots-clés suivants « Waymo cars attacked », vous trouverez plein d’articles en anglais relatant des dégradations volontaires sur des voitures autonomes aux Etats-Unis. Qu’est-ce à dire ?

(Article paru dans Smart Intégration Magazine n°33 Mars/Avril 2019)

Il semblerait que ces dégradations soient dues à la méfiance voire la peur et dans certains cas, la terreur qu’engendre-raient des véhicules autonomes se baladant, maraudant dans des quartiers résidentiels. Ces véhicules de la flotte Waymo, dont la maison-mère n’est autre que Google, ont subi à peu près tous les outrages, du caillassage au mitraillage en règle. Essayons de comprendre ce qui peut bien se passer dans la tête de gens apparemment paisibles et pacifiques qui se retrouvent d’un seul coup, nez à nez avec une intelligence artificielle auto-nome sur roues, un robot en fait. Ce robot n’est pas capable d’exprimer des sentiments ni des expressions faciales, on ne sait pas s’il est ami ou ennemi, ce qu’il pense, s’il nous voit ou nous entend, ce qu’il peut bien faire là à cette heure-ci, s’il nous espionne peut-être, au service de qui est-il, quelle est sa véritable mission… En gros, ça fait flipper comme dans les films hollywoodiens de science-fiction où les habitants des principales capitales du monde se réveillent un beau matin avec un vaisseau spatial en vol stationnaire au-dessus de leur tête. Et ce vaisseau reste là pendant des jours, on ne sait rien de lui, on tente de communiquer avec lui…en vain. Puis on se rend compte qu’il est rempli de méchantes créatures qui sont là pour nous manger et nous réduire en esclavage. Tiens, d’ailleurs, ça me fait penser que d’ici peu on va avoir de véritables flottes de drones livreurs au-dessus de nos têtes. Est-ce que ça va réveiller de vieilles envies de tir aux pigeons à certains ? Va-t-on devoir inventer des signes ou des balises à poser sur le toit de nos maisons pour indiquer aux drones livreurs qu’ils ne sont pas les bienvenus dans notre espace aérien privé ?

L’intelligence artificielle et les robots peuvent faire peur. Dans ce cas précis, ils ont provoqué un sentiment d’insécurité et les habitants de certaines bourgades américaines ont ici atteint leurs limites de tolérance à l’intrusion de technologies intelli-gentes et autonomes dans leur espace vital. Tant que les robots n’étaient que des petites boîtes de conserves à roulettes rigolotes avec un gros bouton ON/OFF à l’arrière ça allait, mais là on commence à entrer dans le dur, la vraie confrontation homme/machine. Faites une recherche avec « Drones tueurs » sur You-Tube et regardez cette vidéo d’anticipation de 8 minutes pour comprendre. C’est une peur ancrée profondément dans notre cerveau reptilien. Ce qui est en face de nous n’est pas humain et on sait que l’on est incapable de raisonner un robot. On est presque dans une réaction de type raciste, c’est un comporte-ment extrêmement révélateur de la nature humaine et ça nous donne une idée de ce qui pourrait arriver dans le Smart Home.

Pour en revenir à notre marché, réfléchissons un peu et essayons d’anticiper quelles sortes de peurs pourrait engendrer une maison trop intelligente ? Une maison qui deviendrait un gros, un très gros robot en fait. Vu le degré d’intimité dans lequel sont en train d’entrer nos objets connectés et, du coup, nos maisons, il va bientôt falloir penser à rassurer nos clients. Dorénavant, ils vivent et dorment littéralement dans le ventre d’une créature vivante et intelligente qui sait tout, qui vous voit et vous écoute, qui sait quand vous allez bien ou mal, qui pourrait même savoir votre température corporelle et analyser le ton de votre voix pour savoir si vous lui manquez de respect ou pas. Une créature qui pourrait se rebeller, nous enfermer dedans ou dehors, et dieu sait quoi d’autre.

Quelle est la limite tolérable d’un être humain à l’intrusion du Smart Home dans sa vie ? Est-ce que ça dépend des généra-tions ? Nos enfants et petits-enfants vont mieux accepter ces nouvelles technologies ou vont-ils prendre exemple sur leurs parents et jeter des pierres sur les robots ? Va-t-il se créer des communautés vivant dans des quartiers limitant au maximum l’intrusion des nouvelles technologies ? Que pouvons-nous faire pour nous préparer à ces nouveaux défis, y a-t-il une sorte de comité d’éthique à mettre en place ? Dans tous les cas, il va falloir veiller dans nos stratégies de communication à ne pas créer ce genre de sentiment de rejet de la part de nos clients, leur montrer que quoi qu’il arrive, ils ont toujours le contrôle et qu’ils peuvent aussi intervenir dans une certaine mesure eux-mêmes sur le système sans avoir à attendre des jours l’intervention d’un installateur complètement débordé sans réelle équipe dédiée à la maintenance par exemple.

A cela, vous pouvez rétorquer que nous avons déjà donné toute notre vie privée à nos téléphones portables depuis des années et qu’on s’en est très bien accommodé. Sauf que l’on sait très bien éteindre un téléphone portable, il tient dans notre main, dans notre poche, on a l’impression de le maîtriser, de le contrôler, de pouvoir le broyer si on le désire. On n’habite pas dedans, on n’est pas prisonnier à l’intérieur. La sensation de domination que l’on peut exercer sur un portable est bien plus importante que celle que l’on peut avoir sur un bâtiment qui peut nous manger tout entier, nous digérer peu à peu. J’exagère un peu, vous m’aurez compris, mais on parle ici de la maison des gens, le sanctuaire, l’endroit où ils vivent, ils dorment, ils élèvent leurs enfants. Si le moindre doute s’empare de nos clients concernant leur maison, on va tout droit à la catastrophe industrielle.

N’hésitez pas à laisser un commentaire pour participer au débat.

(Article paru dans Smart Intégration Magazine n°33 Mars/Avril 2019)

Bruno Napoli
bruno.napoli@resolumentsmart.com

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